Mont Aigoual, le château d'eau des Cévennes
En dépit de son altitude modérée (1 567 mètres) et de sa
situation méridionale à 70 kilomètres de la côte du Languedoc, l'Aigoual reste
la montagne des vents, du brouillard, de la neige et des pluies, et les
précipitations violentes venues de la Méditerranée font naître des torrents qui
eux-mêmes entaillent la pente. La montagne capricieuse et si familière des
"batailles célestes" abrite d'ailleurs la dernière station météorologique de
montagne de notre pays. Une station qui doit cependant sa survie à l'entêtement
de son patron, Jean Boulet, un enfant du pays, parpaillot et fier de l'être. La
station propose aussi aux visiteurs une exposition sur la météo.
Le Mt Aigoual est une imposante masse granitique recouverte de schistes sur lesquels poussent mieux les arbres, tandis que le sol du plateau du Lingas avoisinant est seulement granitique. Le Mont Aigoual, royaume des ouragans, qui engendre ruisseaux et rivières, est aussi devenu durant ce siècle une montagne forestière.
Il faut cependant se souvenir qu'au milieu du XIXe
siècle, après une exploitation intensive des massifs forestiers, le Mt Aigoual était
totalement dévasté par l'érosion. Le reboisement massif entrepris ensuite par
l'administration des Eaux et Forêts a cependant chassé l'élevage et
l'agriculture.
Aujourd'hui encore, l'exploitation du bois et le tourisme (avec le ski) sont restés les ressources essentielles de cette contrée. Il n'a pas été possible de freiner le développement du domaine skiable, resté cependant modeste, au grand dam des protecteurs de la nature. Depuis dix mille ans, sur le Mont Aigoual se sont succédé les bouleaux et les pins, puis les chênes à feuillage caduc, ensuite les hêtres, les rois du Mt Aigoual, et les sapins avant que les graminées ne trahissent la présence de l'homme et de pâturages.
La vaste opération de
reboisement entreprise voilà près d'un siècle a fait apparaître les pins à
crochets, les pins noirs d'Autriche et les pins sylvestres, mais aussi des
épicéas et des mélèzes, tandis que les derniers taillis de hêtres ont été
entretenus. A l'heure actuelle, l'essentiel de cette forêt est productif et
exploité par l'ONF. Les visiteurs peuvent s'exercer à identifier les
différentes essences en se rendant dans les arboretums de
Saint-Sauveur-des-Pourcils (Camprieu), de la Foux, de l'Hort-de-Dieu
(Valleraugue) et de Cazebonne (Alzon).
Sur le massif de du Mont Aigoual notamment, on retrouve ainsi le
cerf élaphe, absent depuis près de deux cents ans, qui a été réintroduit par les
forestiers dès 1955. Les premiers grands cerfs "rouges" se sont fixés au-dessus
de Meyrueis.
Aujourd'hui, près de deux cents individus vivent essentiellement
sur les versants nord et ouest du Mt Aigoual. D'autres, parmi lesquels on compte
les plus beaux de France, ont trouvé refuge sur
le Mont Lozère et le Bougés, dans les hautes vallées des
Gardons et non loin de Barre-des-Cévennes. Hormis la période du brame en
septembre-octobre, événement toujours spectaculaire, il faut avoir beaucoup de
chance pour surprendre ces animaux, même en se levant très tôt le matin,
au
printemps, au détour d'une sente forestière...
Les amateurs de mouflons devront aussi faire preuve de patience, à l'aube ou tard le soir, postés sur un point dominant. Ces discrets animaux sauvages au pelage fauve ont été introduits avant la création du parc par les chasseurs du Gard. Ils ont trouvé sur le versant sud du Mont Aigoual, souvent délaissé par le pâturage, de quoi assurer leur subsistance, et on peut les observer à l'ouest de Valleraugue.
Sur les versants méridionaux du Mt Aigoual, l'activité pastorale a toutefois pu se maintenir dans quelques vallées. Dans ces milieux ouverts, une poignée d'éleveurs (sur le Lingas) pratiquent encore la transhumance, un mode de vie en voie de disparition. Les randonneurs peuvent retrouver deux grandes voies de transhumance qui traversent le massif de l'Aigoual.Une draille monte de Pont-d'Hérault vers l'Espérou et Meyrueis, pour partie le long du GR6. Depuis le Moyen Age, elle traversait le Causse de Sauveterre pour gagner les plateaux de l'Aubrac. A partir de Saint-Hippolyte-du-Fort, en joignant Bonperrier, Aire de Côte, le col Salidès puis du Marquairès, la Can de l'Hospitalet, Florac..., la seconde draille retrouve le tracé du GR67.
En empruntant ces chemins qui autrefois ne voyaient pas que des
troupeaux mais aussi les paysans qui se rendaient sur les marchés et les foires,
les colporteurs ou les pèlerins, on peut découvrir un milieu totalement
différent de celui de la montagne des vents, un paysage fait tantôt de landes,
de chênaies ou de châtaigneraies.
"Le Parc National des Cévennes", Louisette Gouverne, Nathalie Locoste, Actes Sud
Edition,
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