
Mines et charbons en Cévennes
Après le déclin de la
sériciculture au milieu du siècle dernier, les familles paysannes cévenoles ne
pouvaient plus guère compter que sur les mines pour assurer leur ordinaire.
L'extraction du charbon, ou de minerais comme l'argent, le plomb ou le zinc,
est alors devenue la principale industrie de la région. Une activité dont il ne
reste aujourd'hui que quelques vestiges industriels, et les tout derniers
témoins: des gueules noires, qui n'ont pas pu résister, au début de ce siècle,
à la mainmise des compagnies sur cette exploitation du sous-sol longtemps
restée une "affaire de famille" et y ont abandonné leur vie et leur force de
travail. On estime qu'au XVIIIe siècle,
sur quatre-vingts gisements, soixante étaient exploités par des artisans et ne
mesuraient pas plus de quelques dizaines de mètres au maximum.
C'est
seulement en 1874 que le travail de fond est finalement interdit aux enfants de moins de treize ans et aux femmes. Une mesure
prise sans aucun doute pour des raisons plus morales que sociales: les femmes
ne doivent plus descendre au fond du puits où les hommes travaillent nus à
cause de la chaleur. C'est au
cours du XIXe siècle que le travail de la mine dans les Cévennes passe peu à peu
d'un statut artisanal à un stade industriel. Comme pour la sériciculture,
l'emploi de la machine à vapeur a été déterminant dans cette évolution, avec
aussi le développement du réseau routier et la création du chemin de fer entre
Beaucaire et Alès.
Dans les Cévennes, l'histoire de la mine a cependant commencé à l'aube de notre ère. Dans d'anciennes mines de fer et de plomb, on a retrouvé des lampes et des outils de l'époque gallo-romaine, attestant une exploitation dès l'Antiquité.
Les premiers
témoignages écrits font état d'une rente annuelle versée en 1230 par les
exploitants de gisements de "terre noire" à l'abbé de Cendras, près d'Alès. Par
la suite et jusqu'à la Révolution, les propriétaires du sol ont continué à
extraire le charbon par des galeries ou des petits puits. L'Etat fait alors des
mines sa propriété et, en 1810, elles deviennent des concessions perpétuelles.
Le monde industriel pousse à la concentration. A la fin du siècle dernier, on ne compte plus que trois compagnies à se partager le charbon cévenol: la Compagnie de La Grand-Combe, celle de Bessèges (les deux villes du même nom sont ainsi nées de l'exploitation de la terre noire) et la Société anonyme des houillères de Rochebelle.
Le bassin houiller est devenu l'un des principaux centres
industriels de France et sa population est passée de 8 000 habitants en 1845 à
24 000 en 1896. Une activité à laquelle il faut ajouter la production de
minerais à Vialas et à Villefort en particulier. De ces gîtes métallifères
exploités depuis le XIIe siècle, on
extrayait, par exemple à Vialas, le quart de la production française d'argent
vers 1850, et l'on en aurait retiré environ 20 000 tonnes de plomb et produits
divers, et 100 tonnes d'argent, entre 1850 et 1894.
Jusqu'à la Seconde Guerre
mondiale, le niveau des rendements des mines de charbon
va stagner. La nationalisation intervenue en 1946 regroupe les compagnies. Les Houillères du bassin des Cévennes ainsi créées embauchent et
modernisent certains puits jugés plus rentables.
Un record de production est atteint en 1958 avec
3 300 000 tonnes avec un effectif de 20 000
ouvriers.
Cependant, cette période euphorique n'est que de courte durée. La concurrence d'autres sources d'énergie notamment contribue à des fermetures de puits. Et l'on parle très vite de licenciements, de reconversions... et à nouveau d'exode pour les Cévenols qui s'étaient accrochés au pays.
Aux alentours d'Alès, où ne reste plus désormais que la "mine témoin" ouverte à la visite pour les touristes, il n'existait plus en 1980 qu'un seul puits: Ladrecht-Destival. Quand les Charbonnages renoncent à l'exploiter, les gueules noires entament une grève et occupent la mine durant treize mois. Leur action est soutenue par des mineurs d'autres continents. Ils pourront reprendre le travail en juin 1981. Mais l'exploitation a finalement cessé fin 1984. Un baroud d'honneur pour les mineurs cévenols.
Aussi, ces dernières années, quand on parle de mines dans les Cévennes, on ne fait plus guère mention que des gisements d'uranium découverts récemment dans la région du parc national. Mais de la découverte à l'exploitation, il y a désormais un fossé à franchir pour tenir compte des impératifs de protection de la nature. Les demandes de permis d'exploitation ne sont pas allées sans poser de problèmes.
A titre d'exemple, le conseil d'administration du parc, sur avis de son comité scientifique, s'était prononcé contre le projet d'exploitation du gisement du Gros aux Bondons, prévu alors en 1987. Dans son programme d'aménagement pour la période 1994-1999, le parc persiste et signe dans ce sens. Il réaffirme une fois encore que l'implantation d'activités minières polluantes dans les zones centrale ou périphérique est incompatible avec l'existence de l'établissement public. "Le Parc National des Cévennes", Louisette Gouverne, Nathalie Locoste, Actes Sud Edition, Acheter le livre
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